La fermeture résidentielle en question
La fermeture résidentielle: Recompositions urbaines, pratiques et représentations.
Ce blog a pour finalité de présenter mes travaux de recherche et leur avancement au fil des trois années de thèse au sein du laboratoire ART-Dév de l'Université Montpellier III.
Cassandre DEWINTRE, Monitrice allocataire MENRT, Université Montpellier III
Cassandre DEWINTRE, Monitrice allocataire MENRT, Université Montpellier III
lundi 18 juin 2012
samedi 12 mai 2012
Le processus de fermeture post-construction: Exemple de la copropriété l'Oasis à Montpellier
Le processus de
fermeture s'est souvent opéré par émulation et non pas par nécessité dans la
plupart des cas s'agissant de l'agglomération montpelliéraine. En effet, le
sentiment d'insécurité se révèle plus symbolique qu'émanant de réalités
récurrentes, quotidiennes, d'agressions ou autre incivilités. Néanmoins,
lorsqu'une population se retrouve confrontée au renforcement des violences
urbaines, des dégradations et à la matérialisation du danger, celle-ci se
tourne préférentiellement vers la fermeture résidentielle. Dans les quartiers
les plus précaires où l'exclusion a favorisé la dégradation du climat
social et l’insécurité, certains ont succombé à la tentation d'édifier des barrières physiques jugées protectrices.
À proximité immédiate
du quartier du Petit Bard, l'ensemble résidentiel l’Oasis, situé rue des
Avelaniers fait partie de ces copropriétés qui ont répondu aux incivilités par la fermeture. Composée de six immeubles et d'une dizaine de villas, la copropriété a été construite dans les années 60, au
moment où de nombreux rapatriés d'Algérie affluaient en nombre en quête de
logements sur le sol français. À l'époque, la population se compose
majoritairement de couples avec enfants d'une trentaine, voire d'une
quarantaine d'années, génération qui a été progressivement remplacée au début
des années 2000 par des couples d'actifs avec toujours une majorité de
propriétaires occupants dans les villas et pour moitié dans les appartements
(50 % de locataires environ).
En 2005, une demande
des propriétaires des différentes entités (immeubles, villas) est remontée au
conseil syndical afin de regrouper l'ensemble des logements situés de part et
d'autre de l'allée de l'Oasis, alors voie privée, dans une seule et même
enceinte fermée. Cette demande a été notamment déposée par les habitants les
plus proches des immeubles d'habitations sociales du Petit Bard qui se
plaignaient du flux incessant de dealers, de personnes inhibées dans les espaces
verts et des nuisances occasionnées de jour comme de nuit. « En effet le matin,
on retrouvait des choses dans le jardin, des seringues tout ça, mais ce n'était
pas de la délinquance à proprement parler, mais des avis des enfants… Et en
plus, il y avait du bruit tout ça… ». Lors du vote de la copropriété, seule une
part minoritaire s'est opposée au projet de fermeture en affirmant qu'un
grillage ne dissuaderait pas les personnes malintentionnées de pénétrer dans la
résidence. Mais face aux propriétaires les plus demandeurs qui se situaient en
première ligne et qui étaient les plus nombreux, la demande de fermeture a
abouti.
La fermeture s'est
ici matérialisée par l'édification de grillages tout autour de la résidence et
la sécurisation de trois accès, comportant chacun une séparation pour les
voitures et les piétons. En plus de ce premier sas, chaque immeuble de la
copropriété s'est équipé de halls d'entrée sécurisés et accessibles par
digicodes et interphones, ce qui a multiplié les frontières physiques à
l'intérieur de l'ensemble résidentiel. Les villas à l'époque partiellement
fermées sont désormais totalement encloses car les plus sujettes aux
cambriolages. Ce processus de fermeture a remodelé l'ensemble résidentiel sans
pour autant permettre l'installation dans les espaces d'usage commun
d'équipements de loisirs ou de cheminement à travers la résidence qui
permettrait de faciliter le lien social. Le complexe résidentiel dispose de
quelques espaces verts mais qui ne sont pas très esthétiques et qui ne font pas
partie des préoccupations des différents conseils syndicaux qui se sont
succédés au sein de la copropriété. Disposant d'un concierge, l'ensemble
résidentiel a progressivement sous-traité ses services à des entreprises
privées, limitant les charges de copropriété au nettoyage et au jardinage de
l’ensemble.
Le climat social est
assez bon dans la résidence et les conflits très limités. L’Oasis regroupe une
population assez homogène autant au niveau des classes d'âge avec
essentiellement des populations actives, qu'au niveau socio-économique avec
majoritairement des populations appartenant à la classe moyenne. Certains
voisins essaient de mettre en place des activités et des animations au sein de
la résidence et ainsi développer le lien social sans forcément recueillir le
succès escompté. En effet, lors d'activités comme les fêtes de voisins, Noël,
ou Halloween, seule une dizaine de copropriétaires se réunissent régulièrement.
Insidieusement, la fermeture a progressivement induit le renforcement de
règlements de copropriété, ce qui a été mal vécu par certains résidents qui ont
perçu cette dynamique comme une réduction de leur liberté individuelle. Les avantages
apportés par la fermeture ont néanmoins été très largement perçue par les
copropriétaires comme la possibilité pour les enfants de jouer en toute
sécurité dans la copropriété ou de trouver des places de parking plus
facilement et l’ont tout de même emporté sur les restrictions d'usage.
Aujourd'hui, les enfants n'ont plus le droit de jouer au ballon dans la
copropriété et les espaces verts ne sont plus très usités, mais ces
interdictions sont considérés comme un moindre mal pour des copropriétaires
aujourd'hui rassuré par les nouvelles frontières physiques qui entourent leur
résidence. Dans les faits, il existe toujours des actes de cambriolage, mais
les incivilités se sont souvent arrêtées au grillage de l'ensemble résidentiel et se
sont reportées à d'autre espaces d’habiter.
Cassandre Dewintre, tous droits réservésjeudi 10 mai 2012
La banalisation et la diversification des programmes fermés dans l'agglomération montpelliéraine
C'est
depuis les années 90 majoritairement que le processus de fermeture
résidentielle s'est implanté à l'échelle des aires urbaines de manière certes
assez ubiquiste mais néanmoins selon des stratégies d'implantation souvent
convergentes. Dans le cas de l'agglomération de Montpellier et plus largement en
province, se sont ainsi près de 60 % des programmes qui s'implantent dans une
ville centre alors que seulement un tiers de ces programmes se retrouvent en commune
de banlieue et 1/10 au sein des couronnes périurbaines[1]. Ces statistiques révèlent
certes le développement du processus de fermeture résidentielle non plus
uniquement dans les grandes métropoles françaises mais aussi dans les
agglomérations plus modestes de province, mais surtout la banalisation, la
standardisation d'un produit immobilier qui remplace progressivement les formes
urbaines existantes. La polarisation de la fermeture résidentielle dans les
villes centre se développe de manière exponentielle du fait de l'existence
d'opportunités foncières qui résident essentiellement en la forte demande en
logements existantes dans les centres urbains. La demande constante en logements
dans le cas de la ville de Montpellier a permis de favoriser l'implantation de
ce type de produits, généralement de l'habitat collectif adapté aux attentes
des investisseurs locatifs dans une agglomération qui ne compte qu'une part
réduite de propriétaires occupants. De
manière généralisée, les ensembles résidentiels fermés s'implantent dans les
marges urbaines, les zones d'urbanisation que constituent les quartiers
périphériques. Dans le cas de l'agglomération de Montpellier et de façon très
marquée, la plupart des programmes résidentiels fermés dès la construction sont
localisés dans ces quartiers périphériques et plus précisément dans les zones
d'extension développées et planifiées par les politiques urbaines. Souvent
impulsés dans le cas de la capitale languedocienne par la construction de ZAC en
périphérie qui intègrent le plus souvent des ensembles résidentiels fermés, et
par imitation, se sont développés de véritables îlots d'enclave où la
fermeture s'est généralisée. La ZAC Millénaire, pionnière en termes de
fermeture, un îlot d'habitat collectif développé dans les années 90, a
rapidement créé l'émulation en termes d'utilisation standardisée des barrières
physiques entre l'espace privé des ensembles résidentiels et l'espace public de
la rue.
La
nouveauté dans le cas des agglomérations françaises consiste au développement
de la fermeture résidentielle dans les communes périurbaines, le plus souvent
dans les premières couronnes et de manière disparate dans les communes
périurbaines plus excentrées. Bien souvent, lorsqu'il s'agit des communes
périphériques les plus excentrées, la fermeture est envisagée comme une réponse
aux besoins croissants de construction de logements sociaux. La fermeture
résidentielle est considérée par de nombreux maires comme une forme urbaine
plus « digeste » pour les habitants lorsqu'il s'agit d'imposer un
parc de logement social dans la commune. Néanmoins, cette fermeture utilisée
comme un outil de planification urbaine par les maires se retrouve
également dans les premières couronnes périurbaines ou comme dans la commune de
Grabels, les îlots d'habitats sociaux ont été édifiés en marge de la commune-centre
traditionnelle, accolés au quartier Euromédecine de Montpellier et constitués exclusivement d'ensembles résidentiels fermés. Dans ce cas de figure, le
logement social relégué en périphérie de la vie communale et presque
englobé à la ville de Montpellier de parler forme urbaine constitue une rupture en matière d'aménagement.
Dans le cas des copropriétés privées, la fermeture
résidentielle s'est souvent développée du fait de la croissance des réseaux de
transports en commun reliant de plus en plus communément le pôle urbain aux
communes périurbaines. Ces réseaux de transports en commun et notamment, dans
le cas de Montpellier, le réseau de tramways, a joué le rôle de front
pionnier en matière de développement de la fermeture résidentielle en
participant à l'augmentation des prix du foncier et aux stratégies commerciales
des promoteurs immobiliers. Le boom de la fermeture résidentielle dans le
quartier périphérique de Port Marianne par exemple à l'est de la ville et plus
particulièrement le long de l'avenue du Mondial 98 a marqué le succès d'un
produit immobilier aujourd'hui banalisé. Ce succès très nettement marqué dans
les communes de Castelnau-Le-Lez, Lattes, Grabels, pour ne citer que les
principales a reconfiguré les paysages urbains et fait de la barrière un
matériau urbain commun.
Mais outre cette multiplication des ensembles
résidentiels fermés neufs en périphérie urbaine reflet des opportunismes
commerciaux des promoteurs immobiliers mais également des orientations
publiques en matière de planification urbaine, il est nécessaire de prendre en
compte l'ampleur pris par le processus de fermeture post-construction depuis la
fin des années 90 et ceci dans l'ensemble des quartiers des villes
hormis le centre-ville très densément urbanisé, dans le cas de Montpellier
l'Ecusson. Sur Montpellier, cette enclosure post- construction représente
presque 40 % des ensembles résidentiels fermés et a été impulsée le plus
souvent par: la construction à proximité d'une résidence fermée neuve, les
politiques de résidentialisation à l'ouest de la ville autour des quartiers
Paillade et Petit Bard notamment ou encore l'action de fermeture
post-construction d'une copropriété privée voisine. Lors des assemblées de
copropriété, la proximité de la fermeture a souvent influencé les
copropriétaires à clôturer leur propre résidence. S'agissant pour les quartiers
centraux d'un parc de logements datant de la fin des années 60 et des années
70, la décision de débuter des travaux de ravalement de façade est souvent
prétexte à l'installation de nouvelles barrières physiques délimitant l'espace
public de l'espace privé de la résidence. Il s'agit également face à une
violence et des incivilités de plus en plus médiatisées, de pratiquer de la part
des résidents une politique de prévention même si la plupart du temps la
confrontation à la violence ordinaire s'avère plus symbolique que réelle. Cette
volonté de repousser le risque toujours plus loin en fermant tour à tour
l'ensemble des résidences d'un quartier a favorisé la banalisation du modèle
de la fermeture résidentielle. Cette standardisation explique aujourd'hui la
faible prise en compte des collectivités de l'étendue du phénomène car celles-ci
éprouvent de grandes difficultés à définir la notion même de fermeture
résidentielle s'agissant d'un produit si banalisé.
Mais
ce modèle en se banalisant a également développé des formes diversifiées,
s'adaptant aux contextes sociétaux, à l'espace implantation et/ou aux populations
résidentes. La fermeture résidentielle est en ce sens un véritable reflet de la
diversité des attentes et des représentations des clients et producteurs de ces
produits immobiliers. De ce fait, il est important de dépasser une vision trop
homogène des formes prises par ce processus qui ne s'attache en aucune façon
exclusivement à un type d'habitat ou un mode d'occupation particulier. Bien que
dans le cas de l'agglomération montpelliéraine, le parc de logements collectifs
fermés soit majoritaire, la présence d'ensemble individuel fermé et de bâti
mixte enclos à hauteur de 10 % implique de prendre en considération la
diversité des formes existantes. De la même manière, et lorsqu'on considère le
statut d'occupation, la part majoritaire des locataires au sein de ces
ensembles résidentiels fermés, ne doit pas occulter la part des propriétaires
occupants qui peut dans certains cas et notamment lorsqu'il s'agit de résidence
fermée post-construction être majoritaire voire exclusive dans certaines
résidences.
En s'appuyant sur le croisement des données et l'établissement de
la typologie de la fermeture résidentielle à l'échelle de l'agglomération
montpelliéraine, la banalisation du processus a permis le développement de
nombreux types d'ensemble résidentiels fermés . De l'habitat
individuel fermé occupé majoritairement par des propriétaires occupants comme
dans le cas de superstructures comme le golf de Massane à Baillargues dans les
communes des deuxième voire troisième couronnes de l'agglomération aux habitats
collectifs qui regroupent une diversité de situations liées au déterminisme
sociaux et territoriaux, les modèles apparaissent très divers.
L'avènement
des politiques de résidentialisation depuis la fin des années 90 a appuyé
l'orientation de la fermeture résidentielle en direction des locataires qui
sont la plupart du temps majoritaires au sein des ensembles résidentiels fermés
collectifs. Cette représentation dominante des locataires et des ensembles
collectifs fermés s'inscrit finalement dans une logique nationale qui veut que
les quatre cinquièmes des ménages résidants dans une maison individuelle soient
propriétaires contre seulement un quart des ménages habitant dans un ensemble
collectif[2]. Enfin, la diversité des
résidents est à mettre en exergue et il apparaît très difficile de retrouver,
s'agissant de l'agglomération montpelliéraine une réelle homogénéité dans les
situations socio-économiques des populations. Le fait que ces ensembles
résidentiels, lorsqu'il s'agit de programmes neufs soient quasi exclusivement
ou du moins en grande majorité dédiés aux investissements locatifs,
participe à la coexistence au sein de même des ensembles de différentes
générations et classes sociales. Concernant Montpellier et même si l'on retrouvera
une majorité d'actifs et d'étudiants, la clientèle sera beaucoup plus
diversifiée avec notamment une représentation assez forte des résidents
retraités très souvent lorsqu'il s'agit de programmes neufs des propriétaires
occupants. À l'opposé, c'est dans les ensembles résidentiels fermés post-
construction que l'homogénéisation sociale et générationnelle sera la plus
forte avec dans le cas des petites copropriétés privées la présence de familles
avec enfants ou de retraités propriétaires surreprésentés ou encore dans le cas
de l'habitat social fermé une population de familles précaires.
Enfin,
la standardisation du processus de fermeture résidentielle a également permis
l'émergence de nouvelles formes d'habiter basées sur la spécialisation résidentielle
et l'accueil de populations de classes d'âge ou de revenus ciblées. Ainsi, la
multiplication des résidences ou lotissements fermés destinés aux populations
retraitées comme les villages d'or à Castelnau le lez, le lotissement Mas de
Calenda dans le quartier d’Aiguelongue à Montpellier, ou encore les résidences
estudiantines comme le Quartier latin dans le quartier hôpitaux facultés au
nord de la ville, reflète l'importation de la part des promoteurs des modèles
anglo-saxons d'entre soi communautaires résidentiels. Bien sûr, les cités
étudiantes, les maisons de retraite ou encore les lotissements huppés ont
toujours existé ,mais l'apposition de barrières physiques autour de ces entités résidentielles a renforcé ce communautarisme notamment par la régulation de plus en
plus stricte des accès et la fracture spatiale de plus en plus importante entre
les classes d'âge et les classes sociales induite par celle-ci.
Une fermeture assumée? Le cas de la promotion immobilière au Maroc
Dans
le cas des ensembles résidentiels fermés implantés à Marrakech et plus
largement au Maroc, les discours des promoteurs de l'immobilier sont très
différents. Ici, la fermeture a été induite dès le départ par les processus
sociaux existants. Dans le contexte d'une ville dont la surface urbanisée s'est
principalement accrue et développée depuis les années 90, la plupart des
constructions périphériques à la médina et aux quartiers coloniaux sont
récentes et ont été édifiées majoritairement pour des catégories socialement privilégiées
de la population. Ce facteur d'entre soi social a sous-tendu la fermeture dans
une agglomération déjà sectorisée. Essentiellement investis par des
occidentaux, ou des Marocains aisés voire fortunés, ces ensembles résidentiels
se sont généralisés en regroupant toujours plus d'équipements et de services
pour devenir concurrentiels dans le contexte d'un marché très disputé. Dans ce
cadre, les équipements de fermeture et de contrôle des accès ne sont pas comme
dans le cas français comptabilisés comme une prestation mais comme une base, un
caractère standardisé. De ce fait, la stratégie commerciale ne se fera par sur
cet élément banalisé mais sur la multiplication et l'originalité des services,
équipements et formes architecturales que l'on pourra retrouver à l'intérieur
de ces ensembles.
Néanmoins, cette sécurisation ne s'est pas imposée partout et
certains secteurs urbanisés par de petits promoteurs isolés ont su préserver
des formes plus traditionnelles d'îlots de Riyad certes modernisés mais non
englobés au sein d'un même ensemble fermé. Mais même dans ce cas de figure, la
présence de gardiens abrités dans de petits cabanons à l'entrée de ces pseudo
lotissements s'est généralisée à toute la ville et représente, bien que de façon
plus symbolique, une banalisation du contrôle des accès dans la grande majorité
des espaces d'habiter des catégories moyennes supérieures et aisées de la
population Marrakchie.
Au niveau des formes, le produit commercial « ensembles
résidentiels fermés » se différencie nettement de ce que l'on peut trouver
en France et notamment dans l'agglomération montpelliéraine. Destiné
principalement à une clientèle étrangère qu'il s'agisse de touristes,
d'habitants saisonniers ou encore d'habitants permanents, ces ensembles
résidentiels ont été construits pour plus de 50 % d'entre eux sur le modèle de
la gated community américaine. La présence de nombreux investisseurs
anglo-saxons a également joué un rôle dans le développement de ces
superstructures fonctionnant en quasi autonomie car disposant d'équipements, de
services et de personnels diversifiés et présents en nombre. La promotion
d'ensembles comme le Samanah Country Club, le Golf d’Amelkis, ou le Royal Palm,
pour ne citer que ces trois domaines a montré l'exemple à toute une
génération d'investisseurs et de promoteurs implantés dans la ville de
Marrakech au début des années 2000 et qui ont voulu investir et développer le
marché du luxe à Marrakech par le biais de l'implantation de ces grands
ensembles résidentiels en périphérie urbaine et notamment dans le quartier d’Annakhil.
S'agissant de ce type d'ensembles résidentiels fermés, les promoteurs n'ont pas
eu à imposer une offre car la demande était présente du moins jusqu’à la crise
immobilière de 2008 qui n’a pas épargné la ville de Marrakech. Néanmoins et
lorsque l'on traite du marché de très haut de gamme avec des biens dépassant le
million d'euros, la clientèle a toujours été présente et demandeuse de ces
ensembles résidentiels fermés disposant de tous les services et équipements les
plus innovants. Cette orientation de la promotion immobilière vers le marché du
luxe est réservé à une poignée de promoteurs, généralement des investisseurs œuvrant
à l'échelle internationale et ne représente qu'une petite proportion du marché
immobilier global. En effet, en parallèle à ce marché du luxe et à l'apparition
de ces grands ensembles fermés constitués de maisons individuelles se sont
développées des formes de fermeture très diversifiées à mi-chemin entre
plusieurs cultures et modes de vie.
Les formes de la fermeture résidentielle
qui se sont développées au sein de la ville de Marrakech sont souvent issues
d'une influence extérieure et notamment l'influence de ses premiers
investisseurs, les promoteurs français qui ont multiplié les projets sur
Marrakech depuis la fin des années 90. Le premier secteur économique étant le
tourisme, de nombreux ensembles résidentiels fermés ont été conçus afin de de
permettre la coexistence au sein du même ensemble de populations saisonnières
et de propriétaires occupants. Cette ambition de la part des promoteurs mais
aussi des politiques de la ville a orienté les formes du bâti vers un modèle de
fermeture résidentielle assez généralisé dans les quartiers « modernes »
(anciens quartiers coloniaux) et plus globalement à l'ouest de la ville. Les promoteurs,
pour vendre leur produit immobilier ont donc pratiqué le consensus entre d'une
part un habitat de style traditionnel en préservant quelques aspects et
matériaux orientaux et d'autre part ont permis le développement de la
modernisation et des équipements de loisirs dans ces mêmes résidences afin
d'attirer les extérieurs et notamment les occidentaux.
Ces différentes
adaptations de la part des promoteurs qu'ils soient occidentaux ou à partir des
années 2000 Marocains ont permis de commercialiser plus facilement les produits
immobiliers dans la ville de Marrakech et de faire très nettement augmenter les
prix du foncier. Le public a été conquis par le confort et la sécurité apportés
par ces logements construits dans des ensembles clos et apportant tout le
confort dont il disposait en Europe, le tout à moindre coût. La fermeture
s'étant banalisée au départ de la construction de la plupart des résidences
d'habitat collectif mais aussi de lotissement à Marrakech, l'offre immobilière
se fonde progressivement sur des demandes toujours plus poussées en matière de
confort au sein des ensembles résidentiels fermés. Dans ce cas de figure, la
balance entre offre et demande est plus équilibrée que dans le cas français.
Cassandre DEWINTRE, tous droits réservés.
Cassandre DEWINTRE, tous droits réservés.
Une fermeture assumée ? Le cas de la promotion immobilière française
L'analyse des différents discours a permis d'envisager une différenciation très nette
entre les représentations et les stratégies commerciales des promoteurs œuvrant en France d'une part et des promoteurs œuvrant au Maroc d'autre part.
En effet, la thématique de la fermeture et de la sécurisation d'un ensemble
résidentiel n'est pas vécue et abordée dans le discours de la même façon. En
France, ce processus de fermeture des espaces d'habiter reste tabou pour la
plupart des promoteurs qui n'insistent pas dans les entretiens sur cette notion
de frontières physiques mais insistent surtout sur l'esthétique des bâtiments
et la préservation du cadre de vie de l'environnement au sein de la résidence.
L’apposition de barrières et de portails autour de la résidence est souvent envisagée
comme la nécessité de préserver une place de parking ou un espace de verdure au
sein d'un espace densément urbanisé. Néanmoins, la plupart de ces promoteurs
français déclarent clôturer et ceci depuis le début des années 2000 quasi
systématiquement leurs nouveaux programmes, sans forcément se préoccuper des
formes résidentielles déjà existantes sur les milieux d'implantation de ceux-ci.
Lorsque l'on observe les sites de promotion immobilière de ces différents
intervenants, on constate que la thématique de la fermeture n'est pas le
premier argument de vente pour la plupart des promoteurs. En effet, au prime
abord sont abordés les questions de prix, de financement, de qualité de
construction et de lieu d'implantation sans que la fermeture soit envisagée.
Par ailleurs, lors des entretiens, mais aussi d'événements comme les salons de
l'immobilier, la question de la sécurisation peut très vite passer au premier
plan des argumentaires de vente. Dans ce contexte et à l'unanimité, les
promoteurs communiquent alors auprès du public sur la clôture de leur programme
devenue une prestation standardisée et censée répondre à la demande de la
clientèle. Cette dualité dans le discours qu'il soit d'une part construit entre
le chercheur et le promoteur où le poids de la fermeture sera minimisé ou entre
le client et le promoteur où au contraire le discours sécuritaire participera
fortement à la construction de l'argumentaire promotionnel, préfigure d'un
certain malaise existant autour de cette thématique.
Dès lors que l'on parle de
chiffres, que l'on place les promoteurs dans la réalité du fait accompli, la
fermeture est envisagée comme un produit immobilier à succès, facilement
commercialisable et idéal pour les investisseurs. Cette facilité à vendre ce
type de produit immobilier qui permet aux promoteurs de justifier de la réalité
d'une demande de la part des populations, sans que cette demande ait jamais été
chiffrée est avérée. En recoupant les différents discours, on perçoit que la
standardisation et la banalisation d'un produit immobilier a en quelque sorte
imposé la demande car ce produit immobilier s'est vu progressivement idéalisé
et promu comme une forme d'habiter pérenne et notamment pour les investisseurs,
ce qui a fondé le succès de ces ensembles résidentiels fermés.
Cassandre DEWINTRE, tous droits réservés.
mardi 3 avril 2012
Breaking news !
Présentation de l'avancée des travaux de thèse sur la fermeture résidentielle ce jeudi 5 avril à l'Unîmes. Une occasion d'échanger avec les étudiants de Master intéressés par la poursuite en thèse.
mercredi 1 février 2012
Dernières cartographies de la fermeture résidentielle à Marrakech
La fermeture résidentielle a proliféré principalement dans le quartier de Guéliz favorisée par la présence de populations étrangères ou originaires de Casablanca ou Rabat globalement aisées.
Mais on retrouve majoritairement ces ensembles résidentiels fermés en périphérie urbaine au coeur de la palmeraie où les "gated communities" se multiplient ou encore dans les secteurs de Targa, route de Fès ou de Casa et enfin en direction de l'Atlas vers le Sud.
Inscription à :
Messages (Atom)





